becca Seror

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LES MUXES 

Être ou ne pas être... femme

Mexique  

Avril 2017

San Blas et Juchitan, état de Oaxaca, Mexique

Sur le sol de l'Itsmo, à Oaxaca au Mexique un des états le plus grand du pays, vivent des personnes que la nature a pourvu d'un corps d'homme, mais qui se sentent femmes au plus profond de leurs êtres: les "Muxes". Traditionnellement, elles représentent un cadeau que Dieu fait à une famille. Elles parlent le dialecte du zapotèque, s'habillent du huipil et de la enagua (typique costume de la femme de l’Itsmo) et revêtent entièrement le rôle donné à la femme dans ce pays.

Pour des mexicains qui entretiennent avec les femmes des rapports de mépris voir d’hostilité et qui ne  leur accordent qu'un rôle marginal dans la société, les Muxes deviennent  un symbole de la lutte significative des femmes, pour le droit à exister à égalité avec les hommes. 

Il ne s'agit pas d'être un homme ou une femme, l'important est d'être soi. Les yeux de l'autre interprètent constamment notre façon de vivre mais, comme à son image, chacun à sa propre vie, celle qu'il se crée pour  exister. Reconnaître l'existence de l'autre, c'est accepter sa propre identité dans un monde aux multiples méandres .

D'abord, il y a Marta, un Muxe de 75 ans, de San Blas.  Elle travaille dans une cantine qui est aussi sa maison; un hamac et un WC, le tour est joué! C'est une antre où les hommes viennent oublier leurs peines, dans les bras de la bière qu'elle sert. Ce lieu est rempli de souvenirs et d'histoires, il transpire la dévotion... Marta  est rustique et authentique. Une femme qui  a  toujours travaillé, que le village respecte et apprécie. Les hommes rendent visite à Marta pour l'écouter se moquer de la société. Combien de rires volent entre les murs de cette tanière!

Ensuite, il y a Félina,  49 ans, de Juchitan. Avant elle s'appelait Angel : "mes parents m'ont donné le prénom d'Angel, car les anges n'ont pas de sexe..." Elle a ouvert sont propre salon de beauté et participe activement au développement et à l'acceptation des Muxes dans la région. Elle habite seule avec son père, pour lequel elle rentre tous les soirs dormir et cuisiner. Elle a ses "mayates" (gigolos), qui lui rendent visite pour un moment de plaisir, ou pour lui demander de l'argent... l'entretien ça se paye! Félina assume complètement son rôle de femme, de cette femme qui respire en elle.

Et puis il y a toutes les autres, Betsy,  Maracuya (Fruit de la passion), Piña (Ananas), Cristal, Andrea, Maria...ces femmes qui ont trouvé où vivre, main dans la main avec l'essence qui les habite. 

 

Au Mexique, les fémicides sont monnaie courante, le rôle de la femme est déprécié. De ce fait tous les hommes ayant des comportements sexuels ou vestimentaires féminins (homosexuel, travesti, transsexuel ....) ou se sentant femme au plus profond de leur être, ne sont pas acceptés. Les terres de l'Itsmo émergent alors, à l'image d'un certain paradis, où chacun peut circuler plus librement avec le corps et l’esprit qu’il a choisi.

​© 2019 Rébecca SEROR 

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